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sauveur

05/06/2020
21:41
Les Anglaises par Thierry Dubois

voici une belle analyse par mon amis Thierry Dubois, aujourd'hui les anglaises que du vrai et du vécu du moins par moi avec mon hérald.

Portraits de collectionneurs

5 - Les Anglaises

Les Anglais ne font jamais les choses comme tout le monde : ils roulent du mauvais côté de la route et produisent des cabriolets dans un pays où il pleut (presque) tous les jours. Ce petit préambule pour vous expliquer qu'il faut être vraiment tordu, ou Anglais, pour rouler en anglaise. Du coup, les amateurs continentaux se veulent encore plus radicaux que nos amis d'outre-Channel.

à€ la façon des Allemands qui mettent un béret dans leur 2CV pour faire plus français, le conducteur d'Anglaises soigne son look : casquette de gentleman farmer, gants de cuir à  trou-trous, pantalon serré (les pantalons larges aux motifs écossais sont passés de mode), chemise achetée chez Old England avant la fermeture, veste de tweed, foulard de soie, Burlington et Church's aux pieds (au pire, petits mocassins à  glands), un look rapidement mis à  mal par les éléments et souvent le cambouis, sans parler des taches d'huile. Pour les femmes, évitez juste les chaussures légères car la température digne d'une friteuse des boites de vitesse nécessite quelques précautions si vous ne voulez pas voir vos jambes ressembler à  celles de Babar.

Certains poussent le vice jusqu'à  s'équiper comme les Bentley Boys du Mans ou des héros de la bataille d'Angleterre : bonnet de cuir, googles, blouson bombardier, moufles, ça fait bizarre de voir tout ça au volant d'une TR6 ou d'une MGB mais leurs propriétaires vous expliqueront que c'est nécessaire, jusqu'au moment où un petit rayon de soleil les transforme en autocuiseurs.

Dès que sa voiture s'arrête, volontairement ou non, le conducteur ouvre le capot : si ce n'est pas pour réparer, ça permet à  la mécanique de refroidir. Il sort sa boite à  outils (qui laisse généralement peu de place pour les bagages dans le coffre, raison pour laquelle il dispose souvent d'une petite galerie derrière), ça peut toujours servir, et ça sert toujours : il y a invariablement un truc à  remettre, à  visser, à  resserrer, à  réparer, à  changer, à  régler. Car les Anglais ont un principe : la mécanique doit toujours donner son maximum, même si cela ne dure que quelques secondes... Peu importe le temps qu'on passera derrière !

Du coup, on mécanique beaucoup, souvent, au risque de provoquer des drames dans les couples ou des retards aux réunions de famille. Je le sais, pour tout vous dire, quand j'étais jeune, j'ai fait 240 000 kilomètres au volant d'une petite Spitfire. Moi qui n'y connaissais rien, j'ai tout appris sur le bord de la route ou dans les garages mais je dois reconnaître une chose, j'y ai passé du temps, mais rares sont les fois où je n'ai pas pu repartir. Et du coup, j'y pense souvent, à  ma vieille anglaise, qu'on appelait la Queen Mary !
Denis84 *

05/06/2020
22:03
re : Les Anglaises par Thierry Dubois
Excellent !
Du vécu ?
Pourquoi ?
Tu as connu des pannes ?.......
FRANCK91

05/06/2020
22:08
re : Les Anglaises par Thierry Dubois
Un autre Dubois, Jean-Paul de son prénom et lauréat du dernier Goncourt a également donné son avis sur la voiture anglaise ; avis d'un passionné également car celle-ci est toujours présente dans ses romans. Je ne résiste pas au plaisir de le partager à  nouveau ...

«La voiture anglaise est peut-être une idée, ou une réflexion sur le monde, ou encore un point de vue sur l'existence, mais certainement pas un moyen de transport.

Acquérir un engin de cette sorte signifie implicitement renoncer une fois pour toutes à  la conduite automobile. Car une voiture anglaise n'est pas faite pour rouler. Elle n'a jamais été conçue ni construite pour cela. En revanche - ceux qui en possèdent l'attestent avec l'œil brillant des flagellants -, elle a été savamment mise au point pour vous compliquer la vie, ruiner graduellement votre confiance, votre épargne, tout en salissant sournoisement votre garage. C'est bien le propre d'une voiture anglaise - quelle que soit son extraction - que de goutter, de suppurer, de perdre toutes sortes de liquides lubrifiants ou refroidissants. A voir ces traces brunâtres et récurrentes sur les sols des abris, on dirait que le moteur ou la boîte ont été pensés, imaginés autour de la fuite, dessinés pour sublimer ce goutte-à -goutte têtu et raffiné dont aucune clé, fût-elle six pans, ne vint jamais à  bout.

En fait, tout se passe comme si les Anglais avaient fabriqué des voitures humides pour se fondre dans les rideaux de pluie. En réalité,les Britanniques ont inventé la voiture domestique, cette sorte d'animal mécanique qui déteste faire de l'exercice mais n'aime rien tant que de vieillir au plus près des hommes, tout en gardant une certaine valeur. Car, si les anglaises flanchent sur les déplacements, elles ont en revanche le mérite de devenir souvent avec l'âge de bons petits placements. Si on la considère de ce point de vue - celui de l'énurétique animal de compagnie -, la voiture anglaise prend alors du sens. Je parle bien évidemment là  des véritables anglaises d'époque, et non point de ces mauvaises répliques d'aujourd'hui assemblées par de bien peu fantaisistes repreneurs américano-germaniques. Je parle de celles dont la première craque, dont la seconde, troisième et quatrième ne passent pas, celles qui ne démarrent jamais le matin et rarement le soir, celles qui sont équipées de carburateurs SU,d'allumeurs Lucas, et de compteurs Smiths, et d'overdrive Laycock, autant d'équipements funestes mis au point par des compagnies loufoques, malfaisantes et nuisibles qui ont cependant, un temps, fait la gloire et conforté l'image de l'industrie automobile d'outre-Manche confite dans les plis de ses cuirs. Je parle de toutes ces voitures splendides qui flattaient l'œil autant que l'odorat. Lorsque l'on s'asseyait à  l'intérieur de ces berlines, de ces coupés ou de ces cabriolets, il s'en dégageait toujours une odeur de sous-bois, un parfum indéfinissable, mélange de pourriture noble, de moquette humide et d'huile de boîte rancie. Bien sûr, chaque marque, chaque modèle avait sa propre fragrance, mais il demeurait une base, une effluence commune. Et c'est là , dans la position du rêveur flairant, que vous perdiez la tête, la narine frémissante, la main flattant le Connoly, l'œil voletant sur l'érable moucheté et les chromes des poignées. Et vous fermiez les yeux, et vous aviez des grillons dans la tête, et quelque chose vous disait que vous alliez parcourir le monde dans ce canapé à  ressorts hélicoïdaux dont le marchand ne cessait de vous vanter la souplesse. Et vous faisiez alors un chèque, un chèque sans fin, pour acquérir à  la fois une nationalité qui vous était étrangère et un sentiment d'îliens qui n'avait qu'un lointain rapport avec la mer. Et vous pensiez acheter une Jaguar, une MG, une Triumph, une Sunbeam, une Alvis, ou une Healey, bref un petit peu plus qu'une automobile, alors que vous veniez de devenir propriétaire d'une tonne d'emmerdements équitablement répartis sur chaque essieu.

Mon garagiste spécialisé me parle souvent des Jaguar XJ6. Il les parque toutes dans le même coin de son atelier, sorte de pavillon des contagieux, et les appelle ses boîtes à  chagrin : « Quand on voit comment c'est fabriqué, on se demande comment ça peut rouler». Mon garagiste est un homme pragmatique. Quand il évoque la XJS12, il dit : « La six, c'était un six-cylindres. La 12, je vous laisse faire le compte, c'est les mêmes soucis multipliés par deux ». Et pourtant, si l'on considère ces voitures pour ce qu'elles sont, des véhicules de garage, des pur-sangs immobiles, des petits salons d'ambassade, des fragments de Commonwealth, des exercices d'ameublement, des coques d'élégance, des noyaux de bon goût, alors, tout va bien. C'est lorsque vous mettez le contact et que vous ambitionnez de vous rendre d'un point à  un autre que l'exercice se gâte et que la machine se grippe. Je sais de quoi je parle. J'ai pratiqué ce sport qu'est la panne anglaise durant une quinzaine d'années. J'ai été successivement trahi par deux Austin 1300, abandonné par une TR4 IRS, plaqué par une Sunbeam, ridiculisé par une Triumph Vitesse 6, humilié par une MGB qui alla jusqu'à  s'enflammer, spontanément, moteur coupé, à  l'arrêt, dans le garage. Toutes ces voitures ont passé plus de temps chez le réparateur qu'avec moi sur les routes. Toutes étaient séduisantes au point qu'après chaque panne j'avais la conviction que nous repartions, elles et moi, sur de nouvelles bases. Toutes avaient cette odeur caractéristique qui inspirait confiance. Toutes étaient splendides sous la pluie. Toutes rouillaient inexorablement. Toutes avaient quelque chose d'humain. Toutes m'ont lâché du jour au lendemain. Ce n'est
que vers la fin que j'ai compris l'usage qu'il fallait faire de ces fauteuils de jardin. Le soir, je sortais le cabriolet sur la pelouse, j'abaissais la capote, j'allumais une cigarette et la radio, puis, voyageur immobile, je fumais en regardant passer l'été dans le ciel.

Aujourd'hui, j'ai fait l'acquisition d'un petit roadster japonais. Il est parfaitement étanche. Le matin, je démarre, été comme hiver. Le mélange air-essence est géré par un processeur. Le chauffage chauffe, le ventilateur souffle, les vitesses passent en douceur, la consommation est raisonnable, la tenue de route irréprochable. Je ne fréquente plus aucun mécanicien. J'ai annulé mon assurance dépannage. Bref je roule en automobile.
Autrement dit, je m'emmerde. »

Jean-Paul Dubois (né en 1950 à  Toulouse)
PRECISION

05/06/2020
22:44
re : Les Anglaises par Thierry Dubois
Ben, on ne doit pas avoir la même Spitfire
Olivier

05/06/2020
23:11
re : Les Anglaises par Thierry Dubois
Bonsoir à  tous
@ précision

Les sujets du dessus ne parle pas de spit en particulier mais d'anglaise en général .
Et c'est pas totalement faux .
Mais il est vrai que les anglaises surtout les anciennes sont adorables , d'une ligne à  vous couper le souffle .perso je craque pour les jaguar .
FRANCK91 *

05/06/2020
23:13
re : Les Anglaises par Thierry Dubois
On parle de littérature pas de cambouis ...
docspit

05/06/2020
23:40
re : Les Anglaises par Thierry Dubois
EXCELLENT j'ai adoré lire ces lignes tellement vraies sur le caractère de nos chères (et même très chères) mamies anglaises... souvent incontinentes, capricieuses mais dont la beauté n'a rien a envier aux voitures d'aujourd'hui. Car chaque fois que nous sortons notre "énurétique animal de compagnie" nous faisons des envieux... ce doit être une maladie dont on ne guérit jamais que de vouloir s'obstiner à  rouler en ancienne surtout si elle est Britannique !!
God save our triumph
roger

06/06/2020
10:31
re : Les Anglaises par Thierry Dubois
bonjour
pour un pays qui pleut tout le temps , les anglais ont fait les plus beaux cabriolets au monde , souvent jalousé se sont bien fait tapé dessus , des critiques certaine justifier , et d'autre amplifier , comme cité plus haut, la boîte à  vitesse chauffe comme une friteuse et les jambes comme babar , l'huile qu'elle perd en court de route , avoir la réserve d'huile dans le coffre , ect ect , et les françaises de la même époque avait les même problèmes , de chauffe , et d'incontinence mais à  l'époque acheté une voiture pas françaises n'étais pas concevable , donc la presse spécialisée de l'époque s'acharner sur les petites anglaises , concurrence avec d'autre voiture française , la caravelle , la 204 304 Peugeot par exemple , thierry Dubois a une préférence pour les populaires françaises et je pensais avec les années la petite rivalité n'était plus d'actualité
Cordialement

Cordialement
Zackmk2

07/06/2020
11:33
re : Les Anglaises par Thierry Dubois
C'est tellement vrai, c'est aussi pour tout ça qu'on aime nos anglaises
frederic

07/06/2020
23:46
re : Les Anglaises par Thierry Dubois
Pour roger
Je ne sais pas si Thierry dubois a une préférence pour les françaises, mais je l ai rencontré il y a plus de 20 ans à  retromobile et il roulait en spitfire 1500. Il m a d ailleur gentiment dédicacé une de ses affiches représentant tout les modèles de spitfire
J en garde le souvenir d un amoureux de l automobile sans ostracisme
roger

08/06/2020
06:22
re : Les Anglaises par Thierry Dubois
bonjour Frédéric
et pourtant par rapport au fil plus haut , il a pas l'air d'avoir une admiration pour les anglaises , c'est mon point de vue
Cordialement
roger

08/06/2020
06:22
re : Les Anglaises par Thierry Dubois
bonjour Frédéric
et pourtant par rapport au fil plus haut , il a pas l'air d'avoir une admiration pour les anglaises , c'est mon point de vue
Cordialement
yvondugoujon

08/06/2020
09:27
re : Les Anglaises par Thierry Dubois
Qui aime bien châtie bien !
Je me suis régalé à  lire ces deux savoureux textes , sans penser une seconde que les personnes qui les ont écrits puissent ni détester ,ni ne pas posséder une anglaise , car là  , c'est du vécu !
Roulant depuis 50 ans avec des motos et des voitures anglaises ,je ne puis que partager leur point de vue... tout en comprenant que pour beaucoup de gens, ce serait une horreur absolue, alors que pour moi c'est un challenge !
feufe *

08/06/2020
12:30
re : Les Anglaises par Thierry Dubois
D'accord avec Yvondugoujon, "Qui aime bien châtie bien !"
Deux beaux textes empreints d'amour et de nostalgie.
J'ai bien aimé ! Merci à  Sauveur et à  Franck
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